La randonnée permet de découvrir des paysages remarquables, d’observer la nature et de s’éloigner, pour quelques heures, de l’agitation quotidienne. Mais partir sur les sentiers demande un minimum de préparation, particulièrement en été.
En période de canicule, de sécheresse et de risque élevé d’incendie, certaines précautions deviennent indispensables. Il faut également savoir renoncer lorsque les conditions ne permettent pas de marcher en sécurité. Reporter une randonnée n’est jamais un échec : c’est parfois la décision la plus responsable.
Vérifier les conditions avant de partir
Avant chaque randonnée, consultez la météo prévue sur l’ensemble de la journée. Ne vous limitez pas à la température du matin : vérifiez également la chaleur attendue dans l’après-midi, le vent, les orages et les éventuels niveaux de vigilance.
En été, pensez à consulter :
- la Vigilance météorologique de Météo-France ;
- la Météo des forêts ;
- le site de la préfecture et, si nécessaire, celui de la commune concernée ;
- les éventuels arrêtés interdisant ou limitant l’accès aux massifs forestiers.
La Météo des forêts indique les conditions favorables au départ et à la propagation des incendies, mais elle ne signale pas les feux en cours. Même lorsque le danger est annoncé faible, le risque n’est jamais totalement absent. Les préfectures et les communes peuvent également interdire l’accès à certains massifs indépendamment de cette carte.
En cas de fermeture du massif, l’interdiction doit impérativement être respectée. Lors d’une vigilance canicule orange ou rouge, d’un danger d’incendie très élevé ou de conditions météorologiques incertaines, le choix le plus prudent reste de reporter la sortie.
Adapter l’itinéraire à la chaleur
Lorsqu’une randonnée reste possible, choisissez un parcours plus court, moins exposé au soleil et avec un dénivelé raisonnable. Partez tôt le matin afin d’être revenu avant les heures les plus chaudes.
Prévoyez également une possibilité de raccourcir l’itinéraire. Si la chaleur devient difficile à supporter, faites demi-tour sans attendre l’épuisement.
La Fédération française de randonnée recommande de réduire la vitesse, la durée, la distance et la difficulté de la marche par forte chaleur. Elle conseille également de privilégier les heures fraîches et les itinéraires ombragés. Lors d’un effort prolongé sous de fortes températures, les besoins en eau peuvent devenir considérables. (FFRandonnée)
Prévenir un proche de son itinéraire
Avant de partir, confiez à une personne de confiance :
- l’itinéraire exact ou le lien vers la trace GPS ;
- le point de départ et l’emplacement du véhicule ;
- l’immatriculation du véhicule si vous partez d’un parking isolé ;
- le nombre et, si possible, le nom des participants ;
- l’heure prévue du retour ;
- une heure limite à partir de laquelle elle devra s’inquiéter.
Convenez clairement de la conduite à tenir. Si vous ne donnez aucune nouvelle après l’heure fixée et restez injoignable, votre proche devra contacter le 112 en transmettant toutes ces informations.
Pensez impérativement à le prévenir dès votre retour. Informez-le également si vous changez de parcours ou si vous prenez du retard, faute de quoi il pourrait déclencher inutilement une alerte. La communication de l’itinéraire et des horaires à son entourage fait partie des recommandations du ministère des Sports.
Dans certains refuges, sites touristiques ou parkings gardés, il est parfois possible de signaler son itinéraire et son heure de retour à la personne présente. Demandez-lui explicitement si elle accepte de prendre note de ces informations et si un suivi est réellement assuré. Cette démarche peut constituer une sécurité supplémentaire, mais elle ne remplace jamais l’information donnée à un proche.
Emporter l’équipement indispensable
Même pour une randonnée courte, quelques équipements doivent toujours se trouver dans le sac :
- des chaussures adaptées au terrain ;
- une quantité d’eau suffisante pour chaque personne, accompagnée d’une réserve ;
- une casquette ou un chapeau protégeant également la nuque ;
- des vêtements légers, respirants et couvrants ;
- des lunettes de soleil et une protection solaire ;
- un petit coupe-vent imperméable, type K-Way, léger et compact, particulièrement utile en montagne où le temps peut changer rapidement ;
- une petite trousse de premiers secours ;
- de la nourriture et quelques aliments salés ;
- une carte papier ou un itinéraire téléchargé pour fonctionner hors connexion ;
- un téléphone chargé et, si possible, une batterie externe ;
- un sifflet permettant de signaler sa présence ;
- une lampe frontale, même lorsqu’un retour avant la nuit est prévu.
Un téléphone et une application GPS sont utiles, mais ils ne doivent pas être les seuls moyens d’orientation. Une batterie peut se décharger, un appareil peut tomber en panne et la couverture mobile est parfois inexistante en montagne.
Quelle quantité d’eau faut-il consommer chaque jour ?
Les besoins quotidiens varient selon l’âge, la corpulence, l’alimentation, l’état de santé, la température et l’activité physique.
Les valeurs suivantes correspondent à l’ensemble de l’eau reçue pendant la journée : eau, lait, autres boissons et eau contenue dans les aliments. Elles ne représentent donc pas uniquement la quantité d’eau pure à boire.
ÂgeApport quotidien total indicatifBébé de moins de 6 moisEnviron 100 à 190 ml par kilo, principalement apportés par le laitBébé de 7 à 11 mois800 ml à 1 litreEnfant d’environ 1 an1,1 à 1,2 litreEnfant de 2 à 3 ansEnviron 1,3 litreEnfant de 4 à 8 ansEnviron 1,6 litreFille de 9 à 13 ansEnviron 1,9 litreGarçon de 9 à 13 ansEnviron 2,1 litresAdolescente dès 14 ans et femme adulteEnviron 2 litresAdolescent dès 14 ans et homme adulteEnviron 2,5 litres
Ces références de l’Autorité européenne de sécurité des aliments correspondent à une activité habituelle et à une température modérée. Les besoins augmentent avec la chaleur, l’effort, la fièvre, les vomissements ou la diarrhée.
Ces chiffres sont des repères généraux et non des volumes qu’il faudrait obligatoirement faire boire. Une partie importante de cette eau est apportée par l’alimentation.
Quelle quantité d’eau emporter en randonnée ?
La distance seule ne permet pas de calculer les besoins. Dix kilomètres sur un chemin plat et ombragé ne demandent pas le même effort que dix kilomètres en montagne, en plein soleil ou avec un fort dénivelé.
Le temps de marche constitue un meilleur repère. Pour préparer le sac dans des conditions normales, on peut partir sur une base prudente d’environ :
0,5 litre d’eau par heure de marche et par personne, puis au moins 0,5 litre de réserve.
À une allure moyenne de 3 à 4 km/h, sans dénivelé important, cela donne les ordres de grandeur suivants :
DistanceDurée approximativeEau à prévoir par personne5 km1 h 15 à 1 h 45Environ 1 à 1,5 litre10 km2 h 30 à 3 h 30Environ 2 litres15 km4 à 5 hEnviron 2,5 à 3 litres20 km5 à 7 hEnviron 3 à 4 litresCes quantités servent à organiser le portage : elles ne constituent pas un volume à boire de force. Elles doivent être augmentées lorsque l’itinéraire est difficile, très exposé, parcouru lentement ou réalisé par forte chaleur.
La FFRandonnée conseille d’avoir au minimum 1,5 litre sur soi pendant une randonnée de plusieurs heures. Sous une forte chaleur, un effort prolongé peut nécessiter plusieurs litres et des points de ravitaillement fiables. Si la quantité nécessaire devient trop lourde à transporter, il faut raccourcir le parcours ou reporter la randonnée plutôt que partir en espérant trouver une source. (FFRandonnée)
Pour un enfant qui marche, calculez les besoins à partir de la durée réelle de son parcours, souvent plus longue que celle d’un adulte. L’adulte doit vérifier sa consommation et, si nécessaire, transporter tout ou partie de sa réserve. Proposez-lui régulièrement quelques gorgées sans attendre qu’il réclame à boire.
Une vigilance absolue avec les bébés
Les quantités indiquées pour un bébé ne correspondent jamais à un volume d’eau pure à lui faire boire. Son lait constitue sa principale source d’hydratation.
Pour un bébé exclusivement allaité, proposez le sein plus fréquemment et à la demande. Pour un bébé nourri au lait infantile, conservez ses biberons habituels et respectez exactement le dosage entre l’eau et la poudre : il ne faut jamais diluer davantage le lait.
Par forte chaleur, les recommandations françaises conseillent de proposer régulièrement de l’eau à un bébé nourri au lait infantile ou ayant commencé la diversification alimentaire, sans remplacer ses repas. Seule une eau adaptée à la consommation du nourrisson doit être utilisée. (Les 1 000 premiers jours)
Chez un nourrisson, la déshydratation peut s’aggraver extrêmement rapidement, particulièrement avant l’âge de six mois. La perte d’eau peut atteindre 10 à 15 % de son poids et menacer le fonctionnement de ses organes vitaux.
Une somnolence inhabituelle, des difficultés à réveiller le bébé, un comportement anormal, une respiration rapide, des yeux creusés, une fontanelle enfoncée ou des couches anormalement sèches doivent conduire à demander immédiatement un avis médical. En présence de signes graves, appelez le 15 ou le 112.
Lorsqu’un nourrisson est déshydraté, sa réhydratation repose sur une solution de réhydratation orale adaptée et non sur de grandes quantités d’eau pure. Suivez les consignes du médecin régulateur ou d’un professionnel de santé. (Assurance Maladie)
Pendant une canicule, aucune quantité d’eau ne permet de rendre une randonnée sûre pour un bébé. La sortie doit être reportée. Une courte promenade aux heures fraîches ne doit pas être confondue avec une randonnée prolongée. Les autorités recommandent d’éviter de sortir avec un nourrisson aux heures chaudes, notamment entre 11 heures et 21 heures.
Pour un bébé, emportez toujours suffisamment d’eau potable contrôlée et la quantité de lait nécessaire, avec une réserve. Ne comptez jamais sur une source, un torrent ou une gourde filtrante pour assurer son hydratation.
Boire régulièrement pendant l’effort
Pendant la randonnée, buvez quelques gorgées toutes les 20 à 30 minutes, davantage si nécessaire, plutôt que d’attendre une longue pause. La sensation de soif peut apparaître alors que la déshydratation a déjà commencé.
Ralentissez votre rythme et accordez-vous des pauses fréquentes à l’ombre. Se mouiller le visage, la nuque et les avant-bras peut également aider le corps à se rafraîchir.
Des crampes, des maux de tête, des vertiges, des nausées, des urines foncées ou une fatigue inhabituelle sont des signaux d’alerte. Il faut alors arrêter l’effort, rejoindre un endroit frais, se rafraîchir et boire progressivement.
Une confusion, des propos incohérents, un malaise, une perte de connaissance ou une température corporelle très élevée peuvent indiquer un coup de chaleur. Il s’agit d’une urgence : appelez le 15 ou le 112 et commencez à rafraîchir la personne en attendant les secours. Ne faites jamais boire une personne inconsciente.
Peut-on utiliser une gourde filtrante ?
Ne comptez pas uniquement sur les fontaines, les sources ou les cours d’eau indiqués sur une carte. Ils peuvent être asséchés ou leur eau peut être impropre à la consommation.
Une gourde filtrante peut constituer une solution de secours pratique. Des modèles compacts et abordables existent, mais tous n’offrent pas le même niveau de protection.
Avant d’en acheter une, vérifiez que la fiche technique indique clairement :
- la taille absolue des pores du filtre, idéalement égale ou inférieure à 0,3 micron ;
- une efficacité annoncée contre les bactéries et les protozoaires ;
- l’existence de tests indépendants clairement identifiables ;
- la durée de vie du filtre et les conditions précises de son entretien.
Un simple filtre à charbon destiné à améliorer le goût et l’odeur de l’eau ne suffit pas. La plupart des filtres de randonnée ne retiennent pas les virus et aucun filtre courant ne permet de rendre potable une eau contaminée par des produits chimiques, des hydrocarbures ou certaines toxines.
Lorsque le risque microbiologique est important, la filtration doit être complétée par une méthode de désinfection adaptée, en respectant scrupuleusement son mode d’emploi. Le CDC rappelle notamment qu’un filtre d’une porosité absolue de 0,3 micron ou moins peut retenir les bactéries et les parasites, mais pas les virus.
Un article complet consacré au choix des gourdes filtrantes, à leur entretien, à leurs certifications et à leurs limites est actuellement en cours d’écriture sur Estela Exploration.
Éviter tout risque de départ de feu
En période sèche, un simple geste d’inattention peut provoquer un incendie. En forêt et à proximité de la végétation :
- ne fumez pas et ne jetez jamais de mégot ;
- n’allumez ni feu, ni réchaud, ni barbecue ;
- n’utilisez pas de matériel pouvant produire des étincelles ;
- ne stationnez pas un véhicule sur des herbes sèches ;
- respectez toutes les interdictions et les fermetures de massif.
Ces précautions restent nécessaires même lorsque la Météo des forêts affiche un danger faible ou modéré.
Si vous apercevez un départ de feu ou une fumée suspecte, appelez immédiatement le 18 ou le 112. Donnez une localisation aussi précise que possible : commune, nom du sentier, point remarquable ou coordonnées GPS.
N’essayez pas de vous approcher pour photographier ou filmer l’incendie. Éloignez-vous du danger, suivez les consignes des secours et, si cela est possible sans vous exposer, rejoignez un bâtiment en dur. Ne tentez jamais de traverser les flammes ou une fumée épaisse. (Géorisques)
Respecter la faune sauvage
Observer un animal dans son milieu naturel est toujours un moment privilégié. Pour que cette rencontre ne devienne pas une source de stress, gardez vos distances, restez silencieux et laissez-lui une possibilité de fuite.
Ne poursuivez pas les animaux pour obtenir une photographie et ne cherchez pas à les faire réagir. Il ne faut jamais les nourrir : une alimentation inadaptée peut les rendre malades et modifier leur comportement.
Si vous découvrez un jeune animal seul, ne le touchez pas. Sa mère est probablement à proximité et attend votre départ pour revenir.
Les drones peuvent également provoquer un dérangement important, notamment pendant les périodes de reproduction et de nidification. Leur utilisation est interdite dans de nombreux espaces naturels protégés. Avant tout décollage, vérifiez la réglementation aérienne, les restrictions locales et les règles propres au site naturel.
Garder son chien sous contrôle
Un chien peut poursuivre un animal sauvage, déranger une nichée ou effrayer un troupeau, même s’il est habituellement obéissant.
Gardez-le à proximité et privilégiez la laisse dans les espaces naturels. Certaines réserves, certains parcs et certains sentiers interdisent totalement les chiens.
Du 15 avril au 30 juin, les chiens doivent obligatoirement être tenus en laisse en dehors des allées forestières. Des règles locales plus strictes peuvent cependant s’appliquer toute l’année. (Office national des forêts)
À proximité d’un troupeau, contournez largement les animaux et suivez les indications des éleveurs. Ne courez pas et ne menacez jamais un chien de protection.
Rester sur les sentiers
Sortir des chemins balisés peut sembler tentant, mais le piétinement fragilise les sols, détruit certaines plantes et dérange les animaux réfugiés dans la végétation.
Rester sur les sentiers permet également de limiter l’érosion et de réduire le risque de se perdre. Respectez les propriétés privées, les cultures, les clôtures et les zones temporairement fermées. Si vous ouvrez une barrière, refermez-la derrière vous.
Ne déplacez pas les pierres et ne construisez pas de nouveaux cairns. Dans certains secteurs, ils servent au balisage et leur multiplication peut induire les randonneurs en erreur.
Ne laisser aucune trace de son passage
Tout ce qui est emporté doit revenir dans le sac : emballages, mouchoirs, mégots, restes alimentaires et déchets dits biodégradables.
Une peau de fruit abandonnée peut mettre longtemps à disparaître, attirer les animaux et modifier leur alimentation.
Évitez également de cueillir les fleurs et les plantes. Certaines espèces sont protégées et chaque prélèvement réduit les ressources disponibles pour les insectes pollinisateurs.
La meilleure trace laissée par un randonneur reste celle de ses pas sur le sentier.
Savoir renoncer
La randonnée n’est pas une course contre le temps, la météo ou soi-même. Une forte chaleur, un manque d’eau, un itinéraire fermé, une fatigue anormale, un enfant en difficulté ou un risque d’incendie suffisent à justifier un demi-tour.
La montagne, la forêt et les sentiers seront encore là demain. Pour continuer à les découvrir longtemps, prenons soin de notre sécurité et de la nature qui nous accueille.
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