Histoire locale · 13/08/2026

Le Chemin des Orris de Soulcem : sur les traces des bergers de haute montagne

Article Histoire locale Auzat Randonnée chemin du Soulcem
Vue de Le Chemin des Orris de Soulcem : sur les traces des bergers de haute montagne à Auzat dans les Ariège
Une vallée façonnée par des millénaires de pastoralisme

Au-dessus d'Auzat, dans le Haut-Vicdessos, la vallée de Soulcem est aujourd'hui connue pour son immense retenue d'eau entourée de sommets dépassant parfois les 2 900 mètres. Pourtant, bien avant la construction du barrage, cette haute vallée était avant tout un territoire de bergers.

Le pastoralisme y possède des racines particulièrement anciennes. Les recherches archéologiques et paléoenvironnementales montrent une fréquentation humaine de la vallée depuis plusieurs millénaires. Le Service des patrimoines de la Haute-Ariège situe le développement du pastoralisme dès le Néolithique. Son expansion aurait progressivement contribué à ouvrir des secteurs autrefois occupés par une forêt peu dense de pins sylvestres et de pins à crochets.

Attention toutefois à une confusion fréquente : cela ne signifie pas que les orris visibles aujourd'hui datent nécessairement du Néolithique.

Des datations réalisées dans la vallée ont révélé des occupations du Néolithique, de la Protohistoire et du Moyen Âge, mais les services patrimoniaux indiquent que les cabanes pastorales prennent véritablement la forme des orris en pierre sèche à partir de la fin du Moyen Âge.

Pendant des siècles, ces constructions vont accompagner la montée estivale des hommes et des troupeaux.

Mais qu'est-ce qu'un orri ?

L'image de la petite cabane solitaire en pierre est trompeuse.

Dans le Haut-Vicdessos, le terme peut désigner la cabane du berger, mais également, suivant les usages, tout un établissement pastoral composé de plusieurs constructions spécialisées. Les recherches archéologiques conduites à Soulcem emploient d'ailleurs le terme pour désigner ces groupes de structures bâties pastorales.

Le berger disposait ainsi d'une véritable petite exploitation de montagne.

On pouvait y trouver l'habitation, mais également le cabanat, abri destiné aux animaux, le parec, qui servait à les parquer, la margue ou marga, utilisée comme couloir de traite, ou encore le mazuc, petite cave destinée au fromage.

La production fromagère pouvait donc être réalisée directement sur l'estive.

Cette organisation explique pourquoi certains ensembles donnent aujourd'hui l'impression de découvrir les ruines d'un petit hameau.

Le Carla : la porte d'entrée du monde des bergers

Le voyage commence aux orris du Carla, quelques dizaines de mètres seulement après l'actuel parking situé au-delà du barrage.

Avant la création de la retenue, plusieurs familles occupaient cette partie de Soulcem pendant la belle saison. Une campagne de restauration a permis de préserver et de reconstituer une partie de ces ensembles.

Le Carla constitue donc aujourd'hui une excellente introduction à l'organisation d'une estive traditionnelle.

Mais le chemin devient encore plus intéressant lorsqu'on poursuit vers l'amont.

Touéno : une ferme d'altitude reconstituée

On rencontre ensuite l'orri de Touéno — écrit également Tueno dans certaines sources.

C'est précisément le site présenté sur l'un des panneaux photographiés le long du chemin.

Son histoire récente est remarquablement bien documentée.

L'association Montagne & Patrimoine avait réalisé dès 1976-1977 un inventaire des constructions du Pla de Soulcem, avant la mise en eau du barrage. Elle avait alors identifié 65 constructions réparties entre cinq hameaux.

Puis, en août et septembre 1994, un chantier-école fut organisé au Carla d'en Haut.

Son objectif : restaurer à l'identique l'orri de Touéno.

Le chantier était dirigé par Francis Rauzy, avec Montagne & Patrimoine comme maître d'œuvre. Cette première expérience servit ensuite de modèle à d'autres opérations de restauration.

Touéno permet aujourd'hui de comprendre quelque chose d'essentiel : l'orri n'était pas simplement un endroit où dormir.

C'était une ferme saisonnière de haute montagne.

Labinas : lorsque les familles montaient avec les troupeaux

Le sentier poursuit sa progression vers la spectaculaire cascade de Labinas, aux environs de 1 800 mètres.

Une fois le verrou franchi apparaît la vaste jasse de Labinas.

Ici encore subsistent de nombreux orris. Certains ensembles ont été restaurés sur les deux rives. Les témoignages recueillis localement indiquent que plusieurs familles vivaient autrefois dans ce secteur pendant l'estive.

Le paysage permet alors de mieux comprendre l'organisation du territoire.

Les pâturages n'étaient pas exploités au hasard. Les groupes humains et leurs animaux progressaient dans la montagne en fonction des saisons et de la disponibilité de l'herbe.

Les constructions pastorales sont ainsi réparties à différentes altitudes.

Toujours plus haut

Depuis Labinas, le réseau pastoral se poursuit vers Roumazet, la Soucarrane, les Estrets et la Crouts.

Montagne & Patrimoine a progressivement inventorié une grande partie de ces constructions. À l'échelle du Haut-Vicdessos, son travail a abouti au recensement impressionnant de 1 067 constructions, depuis des ruines presque totalement disparues jusqu'à des bâtiments encore bien conservés.

Les recherches archéologiques modernes complètent désormais ces anciens inventaires. Rien que dans les secteurs situés à plus de 2 000 mètres du Vicdessos, une étude publiée à la suite des campagnes archéologiques faisait état de 433 structures réparties dans 34 établissements pastoraux.

La montagne était donc beaucoup moins vide qu'elle ne paraît aujourd'hui.

Une histoire interrompue, mais pas disparue

Le pastoralisme est resté particulièrement dynamique jusqu'au XXe siècle. Puis les pratiques ont évolué.

Un bouleversement spectaculaire intervient dans les années 1980 avec la construction du barrage de Soulcem sur l'un des anciens plats pastoraux. Une partie du paysage utilisé pendant des générations disparaît sous les eaux.

Mais l'estive n'a pas disparu de Soulcem.

Les troupeaux fréquentent toujours la vallée, raison pour laquelle les chiens doivent notamment être tenus en laisse sur le circuit actuel des Orris.

Le Chemin des Orris n'est donc pas uniquement un parcours au milieu de ruines.

Il traverse un paysage pastoral toujours vivant, façonné depuis des millénaires et dont les murs de pierre racontent les dernières grandes transformations.

0 commentaire

Aucun commentaire pour le moment.